Vu des coulisses … The Inspector Cluzo

… + Hoboken Division, CHEZ PAULETTE (54) 19/10/2012.

Quand mon réveil a sonné ce vendredi 19 octobre, j’ai immédiatement senti poindre une excitation qui ne m’a jamais lâché depuis la toute première fois où j’ai vu un très bon concert : celle de l’impatience d’être à celui du soir. Pourtant, aujourd’hui, pas le temps pour la nostalgie, vu que ce soir, c’est moi qui suis aux manettes… Cette passion du live qui me dévore, et m’a fait devenir organisateur de concerts, me conduit en ce beau vendredi ensoleillé (miracle en Lorraine, serait-ce annonciateur d’une belle journée ?) à accueillir un plateau rock’n’roll à souhait : Hoboken Division et ma tête d’affichage du jour : The InspectorCluzo 

Les bougres, en trois ans d’existence, ont un vécu scénique que beaucoup d’artistes chevronnés leur envieraient sans souci : 500 concerts, pas loin de trente pays européens traversés, les plus grands festivals Français et Européens (Les Vieilles Charrues, les Transmusicales de Rennes, Solidays, Dour ou encore une Cigale blindée à Paris) et surtout, surtout, des prestations live ébouriffantes qui emportent tous les suffrages systématiquement.
Alors, autant dire que je suis remonté comme une pendule pour accueillir de la meilleure des manières ces artistes que je tiens en haute estime aussi bien pour leur intégrité artistique que le talent dont ils font preuve pour vous construire des titres imparables qui vous font remuer de la tête aux pieds sans trop savoir pourquoi… La voix de mon fils, à l’arrière, me tire de ma rêverie :
« Papa, on va voir les bobos ? »

Ange, 2 ans et demi, doit certainement être un de leur plus jeune fans. Depuis qu’il a entendu leur imparable et évocateur titre « Fuck the Bobos », InspectorCluzo s’appellent pour lui « Les bobos ». Oui, on va voir les bobos et j’espère que les 600 affiches collées nuit après nuit, tout le travail de promotion, porteront leurs fruits et nous amèneront une audience sympathique et bigarrée… Nous passons quelques heures sur la route entre Metro et quelques grandes surfaces dont j’apprécie toujours aussi peu les attraits, à la recherche de tout ce qu’il faut pour que les électriciens en chef du soir se sentent comme à la maison dans les loges de Chez Paulette. Charcuterie, crudités, boissons, biscuits apéritif, fruits… Qu’ai-je pu bien oublier ? A part bien évidemment les organisateurs, peu de gens le savent : quand vous programmez, vous êtes tour à tour nounou, guichetier, cuisinier, chauffeur, journaliste…

Presque midi, il est grand temps de faire un passage express par la casbah histoire de stocker toutes ses denrées qui nourriraient tranquillement une paire de petits Africains, et de préparer quelques salades pour le catering. Pour les non-initiés, le catering, dans une salle de concert ou un festival, c’est l’équivalent de votre frigo et de votre placard chez vous. Quand vous avez faim, c’est là où vous allez pour l’encas qui va bien. Pour eux, vu que leur maison est le tour bus, la case encas est au catering. On en profite pour faire manger le petit rockeur, qui s’endormira quelques minutes plus tard sur le canapé. Lorsqu’il se réveillera, Papa aura terminé les derniers préparatifs du concert, été chercher le bon pain, les clés de l’hôtel, quelques denrées typiquement régionales pour faire plaisir aux bobos, installé les loges, et Hoboken Division sera en train de balancer sur les planches noires qui font face au parquet qui accueillera ce soir les spectateurs. Il se placera juste quelques instants dans la fosse pour observer rêveur le vieux juke box qui trône dans la salle, et toutes les affiches qui composent une frise de souvenirs de tous ceux qui hantent les murs de cet endroit à des millénaires des salles impersonnelles et tristes qui accueillent des artistes tout aussi plats. Un détour chez le traiteur pour les plateaux repas et c’est reparti sur la route pour aller chercher en gare de Nancy les deux cuivres des The Inspector Cluzo en provenance de Paris.

Quelques bordées de jurons plus tard dans les embouteillages, nous sommes de retour vers 19h00 sur les planches de Chez Paulette. L’autre partie de nos Gascons Landais ont investi la scène pour y installer leur matériel et ont déjà déchargé le tour bus… Dans une heure trente, les premiers spectateurs seront dans la salle. Le temps pour nous de faire dîner tout ce beau monde, de siroter un verre de vin en parlant préventes, musique, enfants, et les premiers spectateurs entrent timidement dans la salle en consommant le traditionnel demi de bière.

On laisse les gens s’installer tout doucement dans la douce chaleur des amplis qui berce la salle et je pars sur scène faire mon traditionnel « accueil » au micro, mon petit mot, présenter Hoboken Division et les inviter gentiment à honorer de la meilleure des façons la réputation de ce lieu mythique. Le duo delta blues Nancéen attaque et ne tarde pas à se mettre le public dans la poche. Il faut dire qu’entre mes aller-retour billetterie (pour les retardataires), la salle et les loges où The InspectorCluzo se préparent patiemment, j’entends bien que la voix sexy de Marie et les riffs tapageurs de Mathieu envoient le bois et font monter la température… Visiblement, la première partie fait l’unanimité et j’en suis bien content : ça fait partie de notre travail que d’amener de belles découvertes aux personnes venues à première vue pour la tête d’affiche…

Quelques quarante minutes plus tard, l’attraction de la soirée prend place sur la scène. Comme ils ont fait une dizaine d’heures de route pour atterrir ici, ils vont jouer en « line-check ». Ce qui signifie, qu’ils n’ont pas fait de balances pour caler leur son. Du coup, ils envoient quelques mesures en vitesse histoire de se chauffer. Des loges situées en arrière scène, la puissance sonore et la qualité du son me frappent immédiatement. Je le sens très très bien ce concert. Mon petit bout, qui ne m’a pas quitté de la journée, vient me voir et me demander si « les bobos vont faire de la musique ». Oui, ils vont faire de la musique. C’est parti pour une heure trente de folie difficilement descriptible. Un set au carré, scéniquement impressionnant alternant passage rock’n’roll, blagues de potache, soul, funk et solos de guitare dont les BB Brunes devraient s’inspirer le jour où ils auront l’idée de faire du vrai rock et pas de la soupe FM.

Dans la salle, il n’aura pas fallu plus d’un titre pour que les spectateurs ne se transforment en une ondée folle furieuse, sautant partout, répondant aux invectives des Gascons qui concluront cette heure et demie monstrueuse, par un démontage en règle de la batterie du batteur (pendant qu’il joue) qui finira dans un jam impressionnant sur sa grosse caisse retournée et caisse claire pendant que le guitariste lui joue à une main… La salle en redemande, et c’est bien normal… Le guitariste est bien obligé d’improviser un petit titre pendant que le batteur remonte sa batterie en vitesse. Deux titres plus tard, les lumières reviennent dans la salle… Les sourires sont partout, les gens trempés. Mission accomplie : le public est ravi et, à voir le monde aux stands des deux groupes, les prestations ont convaincu.

Tout ça se conclue en embrassades, photos, signature de disques et d’affiches et une fois tout ce beau monde reparti, je vais prendre les impressions des musiciens en loge sur la soirée. Visiblement, tout le monde est content, aussi bien du set (quoique très perfectionnistes les mecs) et on finit cette éprouvante journée par le rangement du matériel et un saut vers l’hôtel pour attribuer les chambres. La dernière fois que je verrais les InspectorCluzo, ce sera dans le hall et je finirai exténué, par un dernier verre en compagnie des Hoboken Division… Le lendemain, sur la route de la niche du chien à plumes, là où ils se produiront le soir même, les Gascons m’enverront un sms pour me remercier et me dire qu’une bouteille d’armagnac faite maison de 1998 m’attend à l’accueil de l’hôtel…

Pour ma part, ce concert m’aura rassuré dans un sens : le rock’n’roll existe encore en France. Loin des médias frileux et des spotlights d’une gloriole fugace, The InspectorCluzo m’aura une fois de plus convaincu que certains font encore de la musique pour le partage et la passion. Et à tous ceux qui croient que le Rock en France est mort, que PonyPonyRunRun, BB Brunes et consors sont des « références » en la matière, je leur conseille un détour par un concert des InspectorCluzo. Je suis prêt à rembourser le billet à celui qui me dira qui n’a pas pris une claque…

Site officiel des InspectorCluzo : http://www.fuckthebassplayer.com

Site officiel des Hoboken Division : http://www.hobokendivision.com

Nos spectateurs étant trop occupés à sauter partout pendant le concert, voici une vidéo de la prestation des InspectorCluzo le lendemain à la niche du chien à plumes :

Vincent

 
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