Retour sur le Festival du Charabia – le vendredi 06 octobre 2017 Comment j’ai raté Haskehoug, adoré Ben Ricour, et comment je fus surpris par Olivia Ruiz.

Aux alentours de 20 heures, pénétrer dans les escaliers de la Cartonnerie de Reims et se sentir con, voir honteux, parce qu’on n’a pas été une fois de plus rigoureux. Être en retard. C’est un véritable casse-tête de ne pas être capable d’organiser sa vie, vous ne trouvez pas ?

Courir dans les escaliers et se faire presque bousculer par un type au long visage un peu étrange et en veste à paillettes… Comprendre que cela devait être le type au drôle de nom dont on vient de rater la représentation. Sentir ses joues s’empourprer d’avoir des tremblements dans le creux du bide parce que la honte grandit un peu plus. Prendre 20 minutes pas loin du bar pour visser sur ses oreilles des écouteurs et se connecter sur sa plateforme d’écoute en streaming pour entendre la musique de l’homme étrange.

 

Askehoug, drôle de nom de scène. Une voix sombre, grave, avec une sorte de second, troisième voire quatrième degrés dans ce qu’il raconte. Sentir qu’on a vraiment loupé quelque chose. Se dire qu’on avait en main un billet vers ailleurs et qu’on a manqué le train et que c’est dommage. Tirer un trait sur son embarras parce qu’on doit accepter que ce genre de regret ne mènent nulle part. Se promettre de l’écouter plus longuement une fois chez soi, le lendemain ! (Prendre le temps d’en écouter le matin suivant et se dire qu’on vraiment été un gros idiot de ne pas avoir organisé son vendredi de sorte de ne pas avoir raté ce qui ressemble à une bizarrerie réjouissante de la chanson française.

Pénétrer dans la grande salle de concert du lieu. La trouver remplie, grouillante, fourmillante. Se sentir au bon endroit au bon moment. Saluer quelques connaissances. Se rapprocher de la scène. Attendre que la première partie débarque sur scène. Cette première partie, la connaître depuis 10 ou 15 ans et être impatient de retrouver cet artiste qu’on aime, qu’on admire. Applaudir avec enthousiasme quand Ben Ricour vient se mettre au micro, guitare en main. Apprécier sa simplicité face au public. Être touché par celle-ci ainsi que par sa modestie. Cette étrange pudeur qu’on peine à réellement comprendre dès lors qu’il ouvre

la bouche pour nous proposer des titres presque tous inédits tant son talent est évident, tant sa voix a gagné en profondeur avec le temps. De la

chanson française dans ce qui se fait de mieux, de plus humain avec une pointe d’humour. On sent qu’il est un peu mal à l’aise devant nous. On sent qu’il manque d’assurance. On tente tant bien que mal de lui faire comprendre que cette simili-timidité n’a pas lieu d’être. On n’est pas certain que celui-ci aura compris le message. Aimer le gars pour ce qu’il est. Apprécier sa musique du fond du cœur. Se conforter dans l’idée qu’on est vraiment une grosse midinette de plus de trente piges aux allures de bûcheron. Se sentir bien, comme si on venait de passer un temps entre copains ou en famille. En week-end à la campagne. Sentir qu’on s’est baladé sans sortir de la salle. Garder en tête que son projet est en phase de finalisation et qu’on serait heureux pour le grand Ben Ricour que cela se réalise concrètement et sorte bientôt, courant 2018, comme l’artiste l’espère.

Prendre un rafraichissement, un verre de vin blanc, parce qu’on a envie d’être grisé un tantinet. Recroiser encore quelques visages connus. Echanger des mots, des sourires, puis se réjouir de l’organisation de l’évènement, simplement. L’année dernière, ce n’était qu’un festival gratuit, ouvert à tous, au cœur de la Cité des Sacres, dans ce joli lieu qu’est le Cryptoportique. Se rendre compte de l’évolution incroyable de l’évènement. Constater son succès. Croiser les doigts pour que celui-ci connaisse encore de nombreuses années d’existence. Entendre soudain des cris s’extirper de la grand’ salle. Rendre son verre vide au bar et retourner dans l’arène affronter le monstre.

Parce que : Oui ! La tête d’affiche de la soirée, c’est un monstre… Une grosse machine d’un bon mètre soixante. Brunette pétillante à la voix détonante pour certains, insupportable pour quelques autres et efficacement percutante pour ceux qui l’aiment. Olivia Ruiz, devenue incontournable en une grosse dizaine d’années sur la scène musicale française, est une personnalité de grande envergure. Tant et si bien qu’on se demande s’il est encore de bon ton d’apprécier sa musique populaire dans notre monde actuel où ce mot décrit quelque chose de cheap. Quand l’animal s’affiche enfin sur scène, entourée de testostérone (5 zicos, 5 mecs), c’est sur des sonorités rock d’une énergie folle que les lumières éclatantes s’arrêtent. Elle, robe rose au motif panthère et manchettes à fanfreluches hispanisantes. Elle, bondissante, voix d’oiseau et de tonnerre. Je l’avais adorée, il y a quelques années, sur ses deux premiers albums et je l’avais gardée dans mon viseur depuis, sans réellement m’attarder pleinement sur son travail. Je m’étais sans doute un peu lassé de ses chansons. En l’espace de quelques chansons qui m’ont emmené en Espagne, à Cuba, au pays des Merveilles, dans un monde de rêve et m’a permis d’entrevoir le monde des cauchemars, Olivia Ruiz a ravivé la flamme. L’énergie, la connivence avec son public, la force d’âme qu’elle a fait transparaître durant son concert m’a donné l’envie de refaire un tour dans son drôle d’univers. Une vraie surprise pour l’amateur de musique et chroniqueur que je suis. Etre surpris par ce que l’on n’attendait pas forcément.

Percevoir la magie du voyage sur place que l’on a vécu ce soir-là. Se dire simplement : vivement demain !

 

Texte : Olvig

 
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