Le Chien à Plumes, rendez-vous en Terre inconnue pour Musicovore sédentaire.

CHOSE A SAVOIR avant d’entamer la lecture de cet article : le rédacteur dudit article est très certainement le plus « pantoufle »de toute l’équipe des Musicovores. En conséquence, à quasiment 35 ans, il vient de découvrir le monde étrange des festivals musicaux, leur faune et leur flore, pour la toute première fois… Si ! Si ! Vous comprendrez donc, chers lecteurs, chères lectrices, les tournures de phrases qui arrivent, résonnant parfois plus à la manière d’un National Geographic qu’à un Rolling Stones Magazine.

 

 

Samedi 5 août 2017 – un champ perdu entre Longeau-Percey et Villegusien-le-lac, près de Langres – 16 heures et des brouettes

 

Après deux heures et demie d’un périple depuis mon Nord-Est rémois sans véritable heurt, un contrôle de police et une attente modérément longue pour accéder à une place de parking, me voilà débarquant en terre de mystère : Le Festival Le Chien A Plumes. Déjà étudiant, il y a belle lurette, j’avais entendu parlé de l’évènement sans jamais avoir franchi le pas d’y participer. Chose étonnante voire révoltante pour quiconque aime la musique et le spectacle vivant au regard de l’histoire du festival haut-marnais remontant maintenant à 1997. C’est avec un peu de honte mais beaucoup de confiance et de sourire que je foule du pied la festive poussière encore chaude des pas de danse de la veille. Le Point de contrôle à l’entrée est rapide et bon enfant. L’ambiance autour de moi sent bon l’humeur guillerette. Ici et là des points de repos ou d’assise, plus ou moins ombragé. Des totems en tonneaux recyclés. Des Food trucks et des camelots forment les limites du terrain de jeu des festivaliers tout comme les barrières souvent couvertes de vastes bâches.

 

Assez vite, je me trouve entouré d’étranges créatures telles des licornes multicolores, des pandas, des ours, des dragons, des pokémons (de mes connaissances limitées, je reconnais deux pikachus, un salamèche et un truc qui doit être un bulbizarre mais je n’en suis pas véritablement convaincu). Une vérification immédiate me confirme que non, je n’ai rien bu ni consommé d’illégal. C’est juste que le déguisement soit visiblement de rigueur pour qui a moins de 30 ans et passe son week-end sur le camping gratuit de l’évènement. Je suis amusé bien que le coup de vieux soit imminent. Un balayage plus panoramique du site essuie bien vite cette désagréable impression car je constate avec surprise que le Chien A Plumes est un festoche plutôt très familiale : des petits groupes de personnes d’âge mûr, des familles avec enfants, des ados bigarrés, des trentenaires en tenues décontractée de trentenaire… beaucoup de couleurs sur les gens. Je suis ravi et positivement surpris que cet évènement champardennais porte bien son titre de « festival ». On s’y sent facilement comme dans un parc public familier voir comme dans son propre jardin. On sait vite qu’on s’y sentira bien.

 

 

 

16 heures passé de quelques dizaines de minutes – Scéne Pompon – NAZCA

Au détour d’une première balade d’orientation, je fais face à la scène « moyenne » de l’évènement qui compte une grande scène, plus loin, et une petite scène qui face, quelques dizaines de mètres plus loin, à la grande. La moyenne, c’est la scène dénommée « Pompon ». Le public y est alors parsemé, assis au sol pour la plupart. Regards ensommeillés du petit coup de barre de milieu d’après-midi et expressions de curiosité sur les visages.

Sur scène, quatre jeunes gens lookés folk-ethnique font démonstration de cohérence puisqu’ils proposent des chansons folks teintées de world musique tantôt latines, tantôt africaines. Ils y mettent du cœur malgré une tension évidente dans les corps. On sent l’enthousiasme et l’envie de partage dans ces jeunes artistes qui, malgré de gros efforts pour le dissimuler, sont encore léger dans leur présence sur scène. Côté public, on ne s’y trompe pas : leur énergie est communicative mais on n’est pas transporté. Affaire à suivre.

 

Aux alentours de 18 heures – Scène Ernest – Lisa Leblanc

 

J’avoue d’office que c’est l’artiste que j’attendais le plus. J’aimais déjà sur disque ou sur appli de streaming légal devrais-je plutôt dire, j’en attendais beaucoup.

Un public un peu plus massif que précédemment s’avance vers la grand’ scène. A laisser traîner mon oreille autour de moi, je découvre que les gens sont assez peu nombreux à connaître l’artiste en provenance de la Belle Province. Venue de son Nouveau Brunswick, la petite nana aux discrètes rondeurs et à la chevelure frangée flamboyante, toute en jupe courte et botte de cowboy est accompagnée de trois hommes en chemises western. L’univers est posé. Elle nous divulgue un rock country décomplexé tout en franglais, accent à couper au couteau, sourires sur les visages. Ça décoiffe, ça SE décoiffe, ça mouille la chemise, le batteur défonce tout… le public se déplace et s’Amace à mesure que les chansons s’enchaînent, la sauce prend consistance. Les Non-initiés se convainquent aisément.

Faut dire qu’une chanteuse charmante en diable qui head bang au banjo et au triangle, ça en jette sévèrement et que le plaisir sur scène est hautement transmissible. Je l’aimais en arrivant, j’en suis dingue quand elle quitte la scène.

 

 

 

Heure du casse-dalle – Scène Pompon – Léopoldine HH

 

Petit retour vers la scène médiane pour aller me restaurer. Et tout en me délectant de falafels artisanaux (ou artisanales, j’avoue mon ignorance quant au genre de ce petit délice d’Orient), car oui, quand d’autres festivaliers explorent leur côté roots, c’est mon côté bobo tendance végétarienne que, moi, je laisser aller librement… bref, tout en mangeant, voilà qu’évolue sous mes yeux une jeune femme en robe à pompons multicolores accompagnée de deux grands bruns secs à moustache hauts en couleurs. Elle chante alors en ce que je perçois comme de l’allemand qui s’avèrera être de l’alsacien. Un petit air entre comptine enfantine, décadente cantate classique et hymne électro-rock. Tout cela sur un même titre, c’est fort ! Presque abscons, il est vrai, mais l’audace est tellement grande de proposer une musique éloignée des sentiers battus que la démarche paraît plus que belle. En allant écouter, à mon retour chez moi, je découvre un album enthousiasmant de fraîcheur et d’originalité bien que parfois difficilement accessible. Du côté des canidés emplumés, le spectacle a décontenancé autant qu’il a fasciné. Léopoldine HH, artiste à suivre de très près !

 

Vers 20 heures – scène Ernest – Vianney.

 

C’est l’heure du créneau mainstream. La raison pour laquelle le public est si familial, ce samedi. Le public, très logiquement, se fait soudainement plus dense et se rajeunit énormément. Ça fait des cris suraigus, ça explose de joie adolescente, ça joue à applaudir bruyamment ou silencieusement… je ne comprends pas vraiment ce qu’il se passe mais ça se passe… parfois même, ça amorce une Marseillaise. Je suis coi ! Un énorme logo de métal et de plastique fait son entrée sur scène formant un « V ». Ce n’est pas pour Vendetta, loin de là, mais pour l’un de ceux qui nous (excusez-moi l’expression) envahissent la gueule sur les ondes. Je suis à des années-lumière d’en être fan. Je m’en moque même facilement au moment où la tête d’affiche « vue à la télé » débarque seul en scène… e ne sais si cela va donner de l’art ou du grognon.

Le type s’avère habile avec une pédale de loops et sa guitare. Plutôt sociable et peu avare de communiquer avec sa clientèle. Bondissant. Il se démène comme un beau diable. Il fait le show purement et simplement. Qu’on apprécie ou non sa musique, ses chansons, sa personnalité, on ne peut que lui reconnaître d’y mettre de lui-même. Vocalement, il envoie même si ce n’est pas toujours juste. Il impressionne par son aplomb et son engagement. On comprend alors l’engouement autour du garçon par les jeunes femmes et les femmes un rien moins jeunes. De mon côté, clairement, je ne suis pas la cible. Le spectacle me touche moyennement bien que je sorte de ce concert plus admiratif que prévu. Les enfants hurlent et courent pour tenter d’obtenir un autographe ou un selfie. Je me contente d’une bière bien fraîche en coin de comptoir.

 

 

Entre 20h30 et 21 heures… on ne sait plus bien – scène Pompon – Dewolff

 

Pause auditive nécessaire ! J’observe les gens autour de moi.  Entre la fête étudiante et la kermesse de village, l’ambiance est toujours aussi appréciable. Je me prends à aller d’un vendeur de sapes beatniks à un marchand de bijoux artisanaux, d’un kiosque de masseur à un stand humanitaire en passant par le chapelier de fortune. C’est alors que quelques bribes rockeuses me parviennent aux oreilles. Des trentenaires barbus à cheveux longs font du gros rock de trentenaires qui semblent regretter une époque qu’ils n’ont jamais connue. Entre Pink Floyd et The Doors. Agréable à entendre mais pas suffisamment ma came pour rentrer dedans. Je me prépare plutôt à vivre la dernière performance à laquelle j’assisterai.

 

 

 

21h30 – Scène Ernest – LP

 

C’est l’heure pour celle qui est certainement l’artiste la plus attendue de la journée, si ce n’est du festival, d’entrer sur les planches. Celle qui hante les ondes et mes oreilles depuis des mois sans que cela nous lasse réellement avec son lancinant et envoûtant « Lost On You ». Laura Pergolizzi entre côté cour, silhouette androgyne, chapeau cloche vissé sur la tête, lunette noire qu’on lui connaît. Autour d’elle, des musiciens, mâles, trente ans de moyenne d’âge, ni beau, ni moche. Des zicos expérimentés qui ne distrairont pas le spectateur de LA vision, la raison de la venue du monde en ce jour.

Musicalement : impeccable. Jeu de lumière ébouriffants. Et surtout, elle. L’image de pseudo-clone de Dylan n’a plus court soudainement dans mon crâne, tant sa voix est forte, belle, juste, identifiable entre mille. C’est une acrobate de la voix tant elle se montre virtuose et habile dans ses modulations entre grave profond et ses aigües stratosphériques.

36 ans et du kilomètre de bitume dans les pieds, en pagaille, la reine est sublime d’être autant à la hauteur de ce qu’on imagine d’elle.

 

23 heures et des pelletés – mon automobile.

 

C’est l’heure pour moi de partir. À regret.

Parce que m’extirper de cette chaleureuse atmosphère est vécu un peu comme un crève-cœur. Parce qu’allait suivre Mat Bastard que j’aime bien et surtout Cabadzi dont je suis admiratif du travail.

 

 

« Le Chien à Plumes, c’est quoi ? », pensais-je assis face au volant. Une organisation en béton armé. Sans temps mort. Des sourires, des visages, des figures, des couleurs. Je quitte le molosse emplumé avec l’impression d’avoir vécu un temps dans l’appli Instagram. N’y voyez rien de médisant, bien au contraire. J’ai aimé y passer quelques heures. Au point que j’ai eu l’impression de partir comme un voleur de ne dire au revoir à personne. J’y ai reçu du partage et de la générosité…

 

Vivement l’année prochaine !

Propos rapportés par Olvig

Photo : Joel Dera

 
© 2012 Les music'ovores. Association loi 1901. Tous droits réservés. Design SV/mogsart