Entretien avec Eddy de Pretto à La Magnifique Society

Eddy de Pretto – Hervé Dapremont/Darkroom

 

- Bonjour Eddy de Pretto, comment va le Kid ?

Ca va merci, je suis très content, la saison des festivals commence et j’apprends à connaître un peu ce public qui n’est pas tout à fait conquis comme dans les salles de concert.
La scène je la vois un peu comme monter sur un ring et aller conquérir les âmes une à une avec des uppercuts, j’aime ça et là c’est encore plus un challenge car il y a des gens qui sont là en dilettante et il faut les happer le plus possible.

- Tu as déjà bien conquis le public en un an de temps, ça a été très vite !

Oui, mais il y a tout à faire encore !

- Et comment as-tu vécu cette notoriété si rapide ?

Je pense que si j’étais quelqu’un d’autre je péterais des câbles, je serais fou, je deviendrais dingue, mais quand tu le vis au quotidien, forcément tu mets un certain recul, tu te protèges énormément, et tu le prends à la légère. Je suis très heureux de faire ce que je fais en ce moment et ça me rend assez apaisé bizarrement.

- La musique t’a permis d’exprimer plein de choses, ça continue d’être un exutoire pour toi ?

Oui totalement, toutes mes peines, toutes mes interrogations, toutes mes colères, toutes mes suffocations je les mets dedans.

- Et il y en a encore ?

Oui bien sûr, il y en a encore plein. J’ai plein de nouveaux thèmes à aborder, j’ai envie de dire beaucoup de choses. Là c’était un premier tremplin, j’espère qu’il y aura une grosse confirmation, je ne peux rien jurer mais en tout cas je l’espère.

- Quelle est la part de vérité et la part de fiction dans tes chansons ?

Ca raconte ma vie clairement, mais forcément tu contournes un peu le truc, tu romances un minimum. Il y a des choses tellement jolies dans le jeu de la langue française que tu peux jouer de ça, jouer des formes, jouer des voyelles et des consonnes et parfois ça t’emmène vers des choses où tu te dis “ah c’est pas exactement ça, ce n’est pas le plus juste”, mais pourtant, il sonne, il est tout aussi poignant et tu arrives à exprimer d’une certaine manière avec beaucoup plus de précision quelque chose. Par exemple la chanson “Ma mère” est une chanson à plusieurs degrés de lecture, il y a tout un paradoxe dans cette relation et pourtant on dirait un chaos total dans la chanson. Tu prends une direction et cette direction tu la creuses dans le verbe pour que ce soit le plus précis et le plus fort possible.

- Est-ce que ce n’est pas trop compliqué pour toi de parler de ta vie intime devant un public ?

Moi je n’ai jamais trop ressenti ça, je ne sais pas d’où ça vient, j’ai peut-être trop regardé Ken Loach ! (Rires) Il y a un côté ou je m’en fou de pouvoir me mettre à nu devant des gens, de raconter ma vie. Même dans ma vie personnelle je n’ai pas trop de limites. J’aime jouer avec les choses avec lesquelles on ne pourrait pas jouer normalement, j’aime qu’on se dise “Ah ouais ? tu vas loin, t’es un peu hard ! ”, j’aime ça !

- T’es jeune justement pour y arriver !

Je ne sais pas, moi je me rappelle de Gérard Depardieu dans une de ces premières télé où il commence à s’énerver sur le plateau, à dire “vous êtes des merdes … ”. Il avait 25 ans, j’en ai 26, je ne sais pas si c’est tôt, en tout cas j’essaie de ne pas me censurer et parfois c’est très difficile en plateau télé, ou tout est très aseptisé, c’est difficile d’être le plus “soi” possible.

 

Eddy de Pretto – Hervé Dapremont/Darkroom

- Et justement un plateau télé comme celui de “Tout le monde en parle” ce n’est pas évident d’arriver là j’imagine, on a l’impression d’arriver dans une arène ?

Oui t’es vraiment dans une arène, c’est un peu inquisitoire, on va te poser des questions et on va chercher la petite bête. Avant c’était moins ça, j’ai l’impression, quand je regarde les vieilles archives INA, les plateaux télé c’étaient beaucoup plus détente et beaucoup plus du côté de l’artiste, qui pouvait dire des choses assez librement.

- On retrouve dans tes influences le rap, et pourtant certains rappeurs ont des textes homophobes. Comment as-tu vécu ça ?

J’ai entendu pas mal de rap, écouté un peu moins, ça faisait partie de mon contexte musical. Mais moi je ne me suis jamais senti ni dans la chanson, ni dans le rap, ni dans le slam ni dans le conte, ni dans le poème. J’évite au maximum de me cloisonner vis à vis d’un style, de me demander si on va m’écouter ou si on va m’accepter. Même si je parle de virilité ou d’homosexualité dans des chansons qui sont influencées rap, je ne me suis jamais demandé si j’allais être bien reçu ou pas du tout, je m’en foutais un peu, je n’avais pas ce carcan-là.
Je n’ai pas envie de défendre dans mes textes, ce côté macho, misogyne, sexiste de l’homme envers la femme, je ne suis pas “ça” clairement et on ne m’a pas appris à être comme ça. Après je pense que ce sont des postures, des restes des personnages du rap des années 80/90 qu’on garde encore aujourd’hui pour faire le gars, pour faire le mec, il y a toujours ce truc de se mesurer la bite, je pense. Ce sont des jeux et ils y jouent pleinement, mais moi, ce jeu ne m’excite pas.

- Tu as dit dans plusieurs médias, que tu ne voulais pas être le porte-parole d’une cause. Comment arrive-t-on avec une certaine notoriété, à ne pas donner de leçons ?

Parce que ça me fait un peu chier en fait, je n’ai pas envie de me présenter comme une icône, un représentant d’une communauté ni d’une génération. Je ne me sens pas du tout les épaules pour ça déjà et puis ça met une pression pour rien. Dans ce cas je n’écris plus rien, je rentre chez moi et je fais de la politique. Ça ne m’excite pas tout simplement, je crois que j’ai envie de rester simple, de mettre de la distance vis à vis de tout ça et surtout pouvoir aller chercher le plus profondément possible ce que j’ai envie de dire et le regard que j’ai sur ce qui m’entoure. Le plus calme et le plus distant je serai vis à vis de tout ça, mieux je me porterai.

- Donc pas de pression quand les gens te compare à Stromae par exemple?

Non ça ne veut rien dire pour moi. Et puis il y a ce truc un peu éphémère, on ne sait pas combien de temps ça peut durer, donc il y a tout à prouver, même à moi je veux me prouver toutes ces choses-là.

- Donc tu prends les choses un peu au jour le jour en ce moment ?

Ah complètement, il y a mon équipe qui m’emmène à droite à gauche, je me laisse bercer. (rire)

- Pas d’objectif, pas de plan de carrière ?

Si l’écriture, j’ai envie de continuer à m’insérer dans ce paysage musical, donc j’écris, mais j’essaie d’écrire sans me dire “ça, c’est pour un deuxième album”, j’essaie d’écrire simplement comme je l’ai fait sur le premier, avec des émotions, des boules au ventre, des flammes que j’ai envie de raconter et après on verra ce qui en sortira, peut être que vous me reverrez qu’en 2027 ! Je ne sais pas si vous serez encore là ! (rires)

- Tu nous disais que c’étaient tes débuts en festival en tant qu’artiste, comment as-tu ressenti cela ?

J’étais au “SAKIFO” un festival sur l’île de la Réunion c’était le tout premier festival officiel que je faisais dans le sens où les gens savaient que je jouais, il y avait une attente du public et c’était hyper fou. Je ne savais pas qu’à 12 000 km il y avait des gens qui pouvaient m’écouter, m’attendre et me supporter autant, et ça m’a fait beaucoup d’émotions.

- Et en tant que festivalier as-tu des souvenirs à nous faire partager ?

Je n’allais pas en festival, je détestais ça ! Mais je n’ai jamais été voir trop de concerts non plus, j’étais très jaloux quand j’étais jeune, et je rêvais tellement d’être à la place des chanteurs que ça me faisait une boule au ventre d’aller les voir et je n’en dormais pas de la nuit, donc j’évitais les concerts, ça me rendait malheureux.

- Quels artistes as-tu été voir quand même ?

A l’époque j’avais été voir Diam’s, Adèle, Oxmo Puccino …

- Et maintenant tu as toujours cette boule au ventre ?

Non moins, car j’y suis aussi avec eux, mais c’est vrai que j’avais ce truc là quand j’étais petit, ce truc qui me hantait, où je me disais “mais putain, moi aussi j’ai envie d’y être, j’ai envie d’être à leur place de chanter sur scène” et aujourd’hui ça va mieux j’ai calmé cette petite jalousie.

- Comment tu t’es donné les moyens d’y arriver ?

Déjà il faut énormément de volonté, de travail, et surtout de l’acharnement. Si tu frappes à la porte d’entrée et que ça ne répond pas, tu vas à la fenêtre, ensuite tu vas à la cheminée ensuite tu vas à l’entrée des canalisations, tu creuses, tu creuses, et un jour on te répond et on te dit que peut-être il y a moyen !

- Est-ce que tu es déjà venu à Reims pour jouer ?

Non mais je suis déjà venu pour le perso, j’avais une pote qui était à l’école de design de Reims, l’ESAD, et on venait faire la teuf ici, à l’époque j’étais jeune ! (rires)

- Et ce week end à “La Magnifique Society” tu vas profiter du breuvage rémois ?

Pourquoi tu penses que je vais m’éclater au champagne ? (rires)
Nan, nan je joue demain, j’ai un emploi du temps, je ne peux plus rien boire, j’essaie de garder une hygiène de vie !!!! Ah c’est chiant en fait, hein ?
Plus de fêtes de trop (rires)

- Et si tu avais un petit mot à adresser aux festivaliers ?

Bon festival !

 

Propos recueillis lors de la conférence de Presse, La Magnifique Society

 
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